« C’est plus qu’un cheval que l’on veut sauvegarder, c’est un patrimoine »

par | 27 Avr 2025

Longtemps pilier du monde agricole, le cheval de Trait Belge voit son avenir menacé par la mécanisation et le désintérêt grandissant des nouvelles générations. Autrefois indispensable aux travaux des champs et aux activités forestières, ce cheval robuste est aujourd’hui en danger malgré les efforts des éleveurs et des passionnés. Florian Marbaix, éleveur et vice-président de l’association des écuries du Hainaut, nous livre son regard sur cette situation alarmante.

Pourquoi le cheval de Trait Belge a-t-il perdu son importance au fil des décennies ?

La mécanisation a pris le dessus. Auparavant, le cheval de Trait Belge était davantage rentable que le charbon ! En fait, il était exporté en masse et utilisé pour divers travaux : il représentait une force de travail précieuse dans les fermes et les forêts. Il était aussi employé dans le transport, mais avec le développement des machines agricoles et des engins motorisés, il a progressivement été relégué au second plan, devenant plus un symbole du passé qu’autre chose.

Existe-t-il un risque réel d’extinction de cette race en Belgique ?

On espère que non, mais il ne faut pas se voiler la face : le risque est bien réel. C’est pour cela qu’on essaie de motiver les jeunes et de les sensibiliser à l’importance de cette race ainsi qu’à son histoire. Nous organisons des concours, des expositions et des démonstrations pour attirer la curiosité du public et lui faire comprendre que ce cheval est plus qu’un simple animal : c’est une partie de notre patrimoine.

Heureusement, des aides existent pour essayer de freiner cette diminution. Pour encourager la reproduction de la race, la Région wallonne accorde une prime à chaque naissance de poulain. De plus, la PAC (Politique Agricole Commune) inclut un volet dédié aux races locales menacées, dans lequel figure le cheval de Trait Belge. Ces aides sont utiles, mais ne suffisent pas à compenser les coûts élevés de l’élevage.

Observez-vous une hausse ou une baisse du nombre d’éleveurs de chevaux de Trait ?

Il y a clairement une baisse, et c’est inquiétant. Nous essayons de motiver les jeunes, et certains se lancent dans l’élevage avec beaucoup d’enthousiasme d’ailleurs ! Mais malheureusement, quand un ancien éleveur disparaît, il n’est bien souvent pas remplacé. C’est un problème générationnel, je pense : les jeunes sont moins enclins à s’investir dans une activité aussi chronophage et peu rentable.

Malgré cela, quelques petits noyaux d’éleveurs sont tout de même actifs en Pologne, en Allemagne et aux États-Unis, où les chevaux de Trait Belges possèdent encore un certain succès. Cependant, le constat reste le même partout : élever ces chevaux coûte cher et demande un grand investissement personnel. De nos jours, les gens préfèrent investir leur temps et leur argent dans d’autres choses.

Existe-t-il des initiatives pour favoriser le retour des chevaux de trait dans les exploitations agricoles ou dans d’autres secteurs ?

Un peu, mais c’est souvent pour se donner une image « verte » que par réelle conviction. Certaines communes mettent en place des projets utilisant les chevaux pour différentes tâches, comme l’arrosage des fleurs ou le ramassage des sapins après les fêtes. Ces initiatives sont positives, car elles permettent de remettre le cheval au cœur de la vie publique, mais elles restent insuffisantes. De plus, la perception des citoyens est un problème majeur. Beaucoup de gens, par méconnaissance, associent l’utilisation du cheval de trait à de l’exploitation ou à de la maltraitance, alors que ces animaux sont sélectionnés depuis des générations pour travailler et qu’ils s’épanouissent pleinement dans ce mode de vie. Ces animaux ne sont pas faits pour rester inactifs dans un champ : leur bien-être passe aussi par de l’activité intense régulière.

Travaillez-vous quotidiennement avec vos chevaux ?

Oui, mais par passion et non par nécessité économique. Chaque jour, je m’occupe d’eux : je les lâche le matin et les rentre le soir, les nourris deux fois par jour, nettoie les box… Ces tâches me prennent environ une heure de ma journée, ce qui, sur une année, représente tout de même un investissement de temps conséquent. Les week-ends, je prends aussi le temps de travailler et de profiter de moments avec eux lors de sorties en calèche, ou en effectuant des exercices de dressage, par exemple.